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La propension à la tolérance… par Hajer Bernaoui posté le dimanche 15 avril 2007 11:21

بسم الله الرّحمان الرّحيم

La propension à la tolérance…

Je me souviens avec tendresse de ce petit proverbe que ma mère me répétait étant enfant, lorsque je parlais plus vite que je ne pensais ; elle me disait alors : « si ce que tu vas dire est moins beau que le silence alors tais-toi ! ». En grandissant, je suis parvenue à trouver le sens et la portée d’un tel adage: éviter les malentendus inutiles et respecter les sensibilités.


Au détour de mes souvenirs d’enfance, je tombe sur la réalité actuelle. Qui ne se souvient de l’émotion provoquée par le discours pontifical ? Rapidement relayé par les médias, le texte a pris la forme d’une injure islamophobe. Les cœurs se sont enflammés, les tensions se sont avivées et la raison a paru abdiquer devant les hommes…alors qu’il ne s’agissait que de cela : d’Humanité et de Raison. Reste à comprendre ce qui a transformé une gauche méprise en crise intra-religieuse.


Si chacun n’hésite pas à proposer sa propre analyse et imposer son point de vue à tous – quitte à reléguer sa propension à la tolérance – peu d’entre nous sont vraiment allés consulter le dit texte. Prononcé le 12 septembre 2006 à Ratisbonne, le discours de Benoît XVI, intitulait « Foi, raison et université - Souvenirs et réflexions », se donnait pour objectif de formuler une condamnation de la violence exercée au nom de la religion. De même, il proposait d’établir un parallèle manifeste entre la foi chrétienne et la Raison grecque et à partir duquel pouvait être définie l’identité européenne chrétienne. A cet égard, le message semble être le suivant, selon ma lecture personnelle: quiconque n’est pas vraiment chrétien n’est pas vraiment européen. Or, la rencontre du politique, du religieux et de l’historique me laisse perplexe : quelle pertinence Benoît XVI a-t-il trouvé à intégrer un passage de l’Empereur byzantin Manuel II Palelogos qui ne trouve au Prophète de l’islam « que des choses mauvaises et inhumaines, comme son mandat de diffuser par l’épée la foi qu’il prêchait » ? Les Musulmans se sont sentis trahis, floués par une insistance qui jusqu’alors les comprenait malgré les différentes crises. Or, voilà qu’à la lumière des propos du successeur de Jean-Paul II, les choses semblent devoir être remises en question.


Loin des réactions excessives et de façon distanciée, le discours de Benoît XVI a le mérite d’ouvrir un débat essentiel sur une équation faussement admise qui veut qu’islam = violence. Si des dialogues sont mis en place pour reformuler les fondements du troisième monothéisme, il est cependant préjudiciable de remarquer que l’exception ne confirme pas la règle, elle la créée ; il suffit pour cela de se référer aux comportements extrémistes et douteux de certains illuminés. Aux excuses exigées par certains (aveuglés par cette assimilation), le souverain pontifical s’est dit « désolé » ; ce qui n’a fait qu’asseoir la polémique. C’est que le Pape s’est également permis un raccourci assez flagrant : celui d’attribuer exclusivement à la foi chrétienne la raison philosophique grecque. Nonobstant, au lieu de s’engager sereinement vers une explication claire de la contribution arabo-musulmane à l’héritage hellénique, les musulmans se divisent encore une fois sur l’attitude à avoir : la passivité résignée confinant à la victimisation ou la violence aliénante. N’y a-t-il donc pas une vraie voie d’issue ?


Relever les méprises historiques du Père de l’Eglise serait un premier pas vers cela. La définition simpliste du djihad pensé comme guerre sainte pourrait être requalifiée par les savants musulmans afin de mettre en valeur sa pluralité sémantique. De même, la réappropriation des grands noms, ayant aidé à la construction de l’Europe, pourrait réduire « l’injure » en un « contre-sens » évident et ce, à travers la référence à Avicenne, Averroès ou Ibn Khaldun, pour ne citer qu’eux.


Car face à l’erreur et au manque d’exactitude, les musulmans doivent répondre avec tact et diplomatie par le savoir et la justesse d’esprit afin d’enseigner le vrai islam. Et face à la critique et au jugement, nous devons expliquer, argumenter, en un mot utiliser la Raison, qui n’est pas l’apanage de tel ou tel groupe. Il faut relever le défi de la communication, du partage de ce Logos dont est imprégné le discours de Benoît XVI.
Et à l’occasion, se rappeler et rappeler le proverbe de ma mère…